udpsonline.net

Kivu : attention aux Brutus et aux chevaux de Troie

Les personnalités invitées à la cérémonie d’installation du tout nouveau bourgmestre de la commune rurale de Minembwe commencent à sortir du bois. De leurs déclarations, il appert qu’elles se sont retrouvées sur les hauts-plateaux sans trop bien savoir pourquoi. Munubo, un député UNC embarqué dans une caravane de la paix qui concernait l’ensemble de la zone EST, révèle que c’est par coïncidence qu’il s’est retrouvé au lieu de la querelle et que sa mission n’a jamais été de participer à l’installation d’un quelconque bourgmestre de Minembwe. Mike Hammer, le tonitruant ambassadeur des États-Unis d’Amérique, est lui aussi surpris par la controverse née d’une manifestation qu’il croyait ordinaire.

La représentante du Secrétaire Général des Nations-Unies ne nous surprendra pas si elle tenait les mêmes propos, même si elle a fait sensation avec son arrivée en fanfare au lieu de la cérémonie, portée par une nuée d’hélicos de la Monusco qui ont suscité à la fois la frayeur et la joie.

Nous savons tous, depuis janvier 2019, que quand on reçoit une invitation – qui n’est pas une convocation, pour reprendre les propos guerriers d’un prélat de la place de Kinshasa – on répond souvent de bonne foi, sauf que dans le cas sous examen, les invitations se sont révélées sélectives et n’auraient visé que la légitimation nationale et internationale d’une démarche qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Se rencontrer par hasard ou par coïncidence, ce sont des choses qui arrivent. Mais quand le hasard embrasse trop de monde, cela devient inquiétant, d’autant plus que dans le cas sous examen, il ne s’est trouvé personne pour savoir qu’un acte hautement politique, compte tenu du contexte interne au Sud-Kivu, allait être posé à Minembwe. C’est à croire que les services spécialisés, aussi bien civils que militaires, ont tous été anesthésiés. Est-il normal que les autorités militaires se déplacent dans une zone pour des besoins de consolidation de la paix et qu’elles soient surprises par des initiatives qui suscitent des tensions et cela, en l’absence du moindre signal d’alerte émanant de la Demiap ? Est-il normal que les initiatives du même type surprennent les autorités civiles sans que les renseignements civils donnent de la voix, s’il faut faire foi aux réactions enregistrées ?

Si tel est le cas, il se poserait alors un sérieux problème au Kivu. Car la question sécuritaire dont on parle tant dans cette région et qui plombe le développement de notre pays depuis des décennies ne peut trouver de réponse qu’à la faveur d’une implication sincère de tous les segments de la société dans la recherche des solutions qui privilégient le bien-être collectif. Quelles que soient les circonstances, les «services» ne peuvent jamais se mettre aux abonnés absents, une attitude assimilable à la haute trahison. Et si, comme beaucoup le pensent, Azarias Ruberwa aurait surpris tout le monde, il faut en réponse s’interroger sur la fidélité des agents de renseignements qui devaient savoir ce qui se tramait sur le terrain et alerter les autorités compétentes. Il faut s’interroger aussi sur l’efficacité des mécanismes de transmission des informations, y compris celles considérées comme généralement sensibles.

Cette question doit être analysée avec lucidité car il s’agit de s’assurer que le pays n’est pas peuplé que des Brutus et autres chevaux de Troie. Ces derniers doivent être débusqués et mis absolument hors d’état de nuire. La survie du pays est à ce prix.

L.P.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *